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© Jean-Louis Fernandez

Dans les réunions de famille, les choses se passent rarement bien au théâtre. Parfois, dans la vie non plus d’ailleurs. Avec L’heure bleue qu’il écrit et met en scène, David Clavel s’empare du motif des histoires domestiques sous l’angle de la toute-puissance paternelle. Comme un Roi Lear, ce père-là se meurt dans sa maison bourgeoise sise au sommet d’une colline. Un véritable royaume en décomposition qu’il occupe avec sa femme, sa fille et son dernier fils, dans lequel son fils aîné fait son retour. Avec notamment Emmanuelle Devos, Daniel Martin et Anne Suarez, David Clavel – en résidence à la Comédie pour la création de ce spectacle – construit un théâtre pour les acteurs et tisse une tragédie de la parole, dans son échec à dire, que contrebalance sa capacité à faire sentir.

Extrait 

Le Petit Frère
J’encule pas les mouches. J’essaye de comprendre. J’essaye de comprendre ce que tu dis. Ce que tu dis quand tu parles de « nous » à table. « Nous » à table pour moi ça n’existe pas. « Nous » qui, « nous » quoi ? Pour moi ça n’existe pas. Ça existe peut-être pour toi mais pour moi ça n’existe pas. « Nous deux » à table je vois ce que ça veut dire mais « nous », non.
La Fille
Mais si ça existe. Je le vis donc ça existe.
Le Petit Frère
Tu le vis ou tu l’as vécu ?
La Fille
Non, je le vis. Je le vis tous les jours.
Le Petit Frère
Ben moi non.
La Fille
Ben moi oui.
Le Petit Frère
Donc puisque tu le vis, les autres doivent aussi le vivre alors qu’ils ne le vivent pas ?
La Fille
Qu’est-ce que tu veux dire par là ?
Le Petit Frère
Tu as très bien compris.
La Fille
Compris quoi ?
Le Petit Frère
Ce que je veux dire.
La Fille
Non.
Le Petit Frère
Si.